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Oeuvre

La Fontaine Stravinski

Infos pratiques
2 Rue Brisemiche, 75004 Paris
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Au cœur du Marais, à deux pas du Centre Pompidou, cette œuvre réalisée conjointement par Nikki de Saint Phalle et Jean Tinguely adresse un vibrant hommage à l’un des plus grands compositeurs du XX° siècle, Igor Stravinski.

Imaginez-vous déambulant dans les rues du Marais par une journée encore chaude de septembre qui n’invite à rien d’autre plus qu’à un profond dilettantisme, sans autre but que d’y découvrir au hasard des carrefours un coin sympa dont vous ignoriez l’existence, un petit restaurant à la carte alléchante, un musée traditionnel comme vous en êtes friand, ou tout simplement un carré de verdure où vous poser un instant. Et là, au détour de l’imposante bâtisse du centre Pompidou, ou bien le nez perdu dans la contemplation des burlesques gargouilles qui ornent les arcades de l’église Saint-Merri, vous la découvrez. Une pièce d’eau de modestes dimensions, ornée de sculptures bariolées et biscornues qui tantôt rampent à la surface, tantôt se dressent, semblant perpétuellement jaillir du bassin.

     Alors que vous vous interrogerez sur la présence et l’objet de l’œuvre, un écriteau vous renseignera laconiquement : « Fontaine Stravinsky ». C’est alors peut-être que certains détails, auxquels vous n’aviez initialement pas prêté une grande attention, vous paraîtront plus clairs. La clé de sol aux arabesques caractéristiques est bien sûr un clin-d’œil au musicien ainsi qu’à ses confères, l’imposante sirène affalée dans un coin de la fontaine accuse une curieuse ressemblance avec une poupée russe ; enfin la grande statue ailée au bec surplombé d’une couronné dorée dont la forme évoque un astre rayonnant appelle dans votre mémoire le titre du fameux ballet « L’Oiseau de feu ».

    L’aspect joyeusement naïf de la fontaine, ses sculptures aux formes irrégulières et aux couleurs vives caractéristiques de Nikki de Saint Phalle, en plein cœur de l’un des quartiers parisiens les plus anciens, n’est pas sans rappeler l’œuvre de Stravinski, lui-même pionnier de formes expérimentales – citons en exemple la musique sérielle – et compositeur d’une musique impulsive, parfois déstabilisante, qui tend un pied-de-nez espiègles aux grandes harmonies classiques – dont il était pourtant, en musicien accompli, fin connaisseur. La touche de Jean Tinguely, spécialiste des fontaines dynamiques, nous rappelle que l’œuvre de Stravinski, à la suite de celle de ses prédécesseurs, constitue un art en perpétuel mouvement qui intrigue, charme ou – éventuellement – fait frissonner les tympans du public suffisamment curieux pour s’y intéresser quelques instants, le temps d’un psaume ou d’un scherzo.

Cyril Bricout

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