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Portrait

Velvet Underground

Rédigé par

Le 6 avril 2017

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Velvet Underground

Jusqu’au 21 août se tient à la Philharmonie de Paris une exposition dédiée au Velvet Underground, sous-titrée New York Extravaganza. Accrocheur voire un brin racoleur, le chapeau intrigue : à la fois brumeux et éloquent, qu’ajoute-t-il à un nom déjà hermétique que tout le monde a pourtant déjà entendu ?

Reprenons depuis le début. Le Velvet Underground est un groupe de musique fondé vers 1965 à New-York – jusqu’ici rien de bien fou –, dans le quartier de Greenwich Village, vivier historique d’artistes et – conséquemment – de contre-cultures en tous genres, autour de Lou Reed. Loin d’être la coqueluche des journalistes, maisons de disques et producteurs de tout poil, comme pouvaient l’être à l’époque Bob Dylan, Lou Reed et compagnie se produisent alors dans des bars et cafés miteux ainsi que dans des cinémas bizarres où ils accompagnent des projections expérimentales et erratiques par une musique qui l’est tout autant.

Le Velvet Underground ne connaîtra d’ailleurs qu’un succès relatif au long de son existence. Rien d’étonnant. Malgré la voix sucrée de Lou Reed qui rappelle par certains aspects celle de Mick Jagger, leurs compositions sont aux antipodes du pop-rock britannique contemporain qui enflammait les dancefloors des deux côtés de l’Atlantique. Leurs textes, portés par des harmonies simplistes interprétées par des instruments à la justesse tout approximative que soutient une section rythmique implacable et minimaliste, traitent non de filles et de voitures, ni ne s’opposent à l’intervention américaine au Vietnam comme c’était alors à la mode, mais plutôt de drogues – l’explicite « Heroin » vaut le détour –, de vie sentimentale torturée, ou encore de pratiques particulières – le titre « Venus in furs » fait écho au roman éponyme de l’écrivain autrichien Leopold von Sacher-Masoch (relisez bien ce nom… Tout un programme).

    Résumons : on parle d’un groupe qui n’a probablement jamais réussi à faire venir plus de quelques centaines de personnes à ses concerts – du moins avec sa formation originale – et dont les productions, à de nombreux égards bien loin des standards de l’époque, n’ont été diffusées que sporadiquement et sur le tard, lorsqu’elles ont le bonheur d’être moins expérimentales. On retiendra à cet égard presque exclusivement Sweet Jane ainsi que Rock&Roll, presque dansante. Pourtant, la postérité du Velvet Underground sera aussi gigantesque qu’indéniable. David Bowie en est de son propre aveu un admirateur inconditionné et, plus largement, le caractère simple et dépouillé mais efficace des chansons du Velvet ainsi que les thèmes déviants auxquels elles font la part belle, préfigurent le mouvement punk qui explosera dans les années 1970, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Grande-Bretagne.

    L’exposition de la Philharmonie a donc un double rôle qui est certainement, par rapport à des événements analogues, particulièrement à propos. Il s’agit d’une part de rendre hommage, pour les 50 ans de leur « album à la banane », à une poignée de musiciens qui ont persévéré dans une voie qu’ils ont eux-mêmes tracées, refusant toujours de céder à la facilité. D’autre part, la portée culturelle et informative de l’exposition est d’autant plus pertinente qu’elle n’exhume pas des oubliettes de l’Histoire un artiste confidentiel dont le seul nom est réservé à quelques aficionados, mais permet aux visiteurs d’associer des images, des mélodies, une histoire, un style enfin, à un nom bel et bien familier du grand public, quand ce qui se cache derrière reste largement méconnu.

The Velvet Underground New York Extravaganza nous offre l’occasion rêvée de découvrir – ou redécouvrir – Lou Reed&Co. Et même après la fermeture de l’exposition il sera toujours temps pour vous de lever le voile qui masque l’entrée du souterrain de velours et d’y déambuler… Sans vous y perdre !

C.B.

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